jeudi 26 septembre 2013

L'effeuillée et l'effronté

Il est assis là. Dans le coin. Entre le lit et l'armoire en miroir. Entre la fenêtre et la porte. Il a posé sa main sur l'accoudoir et son menton entre le pouce et l'index. Volontiers chambreur. Effronté affiché. Il la mâte.

Ce ne sont plus des regards. Plus ces caresses légères qui effleurent dans une rue ensoleillée, à son insu, une inconnue à la silhouette mielleuse, au décolleté suggestif, aux cheveux rebelles dans le vent, au sourire ravageur, à toutes ces mille et une raisons...

Non, il la détaille. Il en épie chaque frémissement, chaque soubresaut, chaque frisson, chaque geste, chaque lenteur... Il attend ses réactions, les espère, les redoute, les imagine, les corrige...

Elle, elle est là, impudique. Couchée sur le lit. Elle l'a laissé entrer et lui a désigné d'un regard la chaise dans le coin. Ils n'ont rien dit. Ils savaient ce qui les attendaient. Presque.

Elle est repartie dans sa solitude sensuelle, l'ignore royalement. Elle a commencé par se caler le dos sous les coussins blancs. Elle lui offre son visage. Il voit le reste. Elle touche sa bouche de la pulpe de son index, le suçote doucement, lentement. Elle mouille ce doigt qu'elle descend dans son cou. Elle se caresse les seins avec cette douceur que deux femmes peuvent prendre l'une pour l'autre. Sa main redécouvre son territoire. C'est long. C'est bon.

Quand la main est descendue jusqu'à sa toison fine et sculptée, elle a enfin entrouvert ses jambes, jusque-là pliées l'une sur l'autre. Si elle l'avait regardé ne serait-ce qu'un instant, elle aurait compris que cet inconfort, cette manière de se repositionner à diverses reprises était la façade visible de son trouble viril. Elle ne le vit point.

Il regarda sa main cacher la lumière qui caressait son sexe par la fenêtre entrouverte comme on voudrait montrer qu'on cache quelque chose. Il devina son index, qui allait flirter jusqu'au plus loin qu'elle puisse aller, là-bas, en dessous. Quand la main remonta, une phalange s'engouffra dans sa fente qu'il devinait mouillée. Elle gémit.

Elle goûta son doigt.

Lui offrit le voyage retour et s'offrit à elle-même des allers-retours sur son clitoris gonflé. Elle était maître de ce temps passé à se titiller. Ses reins s'étaient arqueboutés, dessinant un petit tunnel sous son corps. Elle rythma son plaisir sans chercher à le retenir. Elle savait qu'il ne viendrait pas. Elle savait qu'il n'en raterait rien.

Ce n'est pas elle qui s'offrait, en réalité. C'est lui qui lui donnait deux yeux qui la regardaient. Se savoir matée lui arracha enfin ce plaisir qu'elle cherchait. Elle jouit brusquement. Fit mine de dormir.

Elle l'entendit sortir et sourit dans son sommel feint.

mercredi 25 septembre 2013

Entre poire et dessert


(NG). - Il y a le vide. Au milieu, de l'humain, deux corps. A l'extérieur le monde. Parfois un rire jaillit, un téléphone sonne, un bruit d'eau ou de circulation.

La table, blanche, claire. Pudiquement revêtue d'une longue nappe. Le vin, rouge.Vous me servez généreusement. Le globe du verre se reflète sur la table, tache virtuelle. Il me faut un peu d'ivresse pour donner sans réserve, pour oublier hier et demain, être ici seulement, attablée avec vous, nue, sirotant mon vin, consciente que d'ici peu, nous aurons joui tant et plus l'un de l'autre.

Il y a du désir, et de l'impudeur. Nos corps nus dansent de ces ballets qui rythment les plus beaux combats, ceux qui se livrent avant tout contre soi, contre le doute ou la peur.  Sauf qu'ici il y a de l'instinct, de la reconnaissance de l'autre comme soi. Ici, il y a du désir. 

Sur la table le couvert est dressé pour un festin. Un festin de chère, les convives sont gourmands. Un festin de lettres, puisque leurs agapes s'accompagnent de lectures, de mots délicieux ou chargés de vices. Sur Sade nous buvons un Graves,  en mangeant de l'agneau. Plus tard, sur nos propres mots, la liqueur des corps heureux apaisera la soif, l'agrume de mon sexe nourrira votre bouche.

Vous regardez mes seins tandis que le Marquis vous donne consigne. Le boudoir est moderne, la philosophie se questionne, votre vit se dresse sous la table, entre mes pieds nus.

De la pointe du doigt, je guide vos yeux. Entre le sein, sous la pâleur courbe, vers le ventre, au creux de la hanche puis du pubis. Entre mes reins, le désir, presqu'une douleur, et j'écarte les cuisses. Les lèvres de mon sexe sont gonflées d'envie.

Sous la table, je devine votre verge contre ma peau. Sa douceur, ses nervures. Votre main la presse contre moi, tandis que vous ondulez doucement, promesse.

La décence voudrait que j'attende, entre la poire et le dessert, pour choisir qui de ma bouche ou de mon ventre. Je m'y refuse, et quitte la chaise. Sous la table, je lèche et suce ce sexe que vous glissez dans ma bouche, lui donne de ces caresses qui l'emmène vers le moite, vers votre bassin qui danse, vers votre main dans mes cheveux qui guide sans forcer. Je le quitte un moment, pour mieux y revenir, autrement, depuis vos fesses à votre gland, suivant les courbes et plis de votre corps, explorant, goûtant  de la langue et des doigts.

Vous gardez la main, et nous roulons au sol. Dans ma chair, le désir se fait besoin, être prise, presqu'avec violence, et pourtant, ce n'est que passion, comme enfin l'air qu'on aspire après une longue nage, l'eau après trop de sel, l'alcool fort après trop de vins légers.S'enivrer du plaisir, qui diffuse dans la chair, s'enroule entre votre vit et ma gorge tendre, entre votre ventre et mes fesses, entre vos mains sur mes seins et ces mots que vous ne retenez plus. Etre au sol et pourtant debout, être prise et donner, à vos mains, à votre peau, à votre bouche, donner à votre sexe, à bout de souffle, de ces soupirs fiévreux, comme ivre et libre, comme à vous, au milieu du vide, humains émouvants.

S'interrompre malgré tout, et goûter le plat suivant. Avoir 15 ans dans les blés, écouter les premiers émois de Colette, et rougir en vous regardant. Savourer le vin léger, sachant toute la force qu'il y a dedans.

mardi 24 septembre 2013

Elle mordit dans ma fesse...

Elle mordit dans ma fesse. Ronde. Et ferme. Avec appétit. La tête dans les coussins moelleux, j'étouffai un cri de surprise...

Il y avait un moment, déjà, qu'elle jouait avec mon corps. Qu'elle jouait de mon corps. Jamais avant elle une femme n'avait pris le temps de se l'approprier de cette manière-là. Sa bouche flottait sur ma peau, aspirait mes tétons, embrassait le creux de mes bras, mon ventre, sa langue alla titiller mon sexe dur, elle avala mes couilles une seconde, regarda ce qu'en disait mes yeux.

Et malgré mon érection, elle me retourna avec autorité.

Commença par me mordre dans le cou tandis que sa main se posait sur ma fesse pour qu'elle puisse rester ainsi en équilibre au-dessus de mon corps à elle abandonné. De l'ongle de son index, elle traça un trait marqué le long de ma colonne vertébrale, m'arrachant une secousse de frissons.

A genoux à côté de moi, décidé à ne pas bouger sans qu'elle ne m'en intime l'ordre, elle massa l'arrière de mes jambes de ses deux mains. Me fit sentir la douceur et la fermeté de sa peau le long de mes chevilles, de mes mollets. Visiblement titillée de son idée, elle me chevaucha et me caressa le dos de ses seins, jouant avec la distance pour que je ne sente qu'un bout de son corps.

J'aurai pu jouir à chaque instant.

Elle le savait. Elle n'en avait pas envie. Pas encore. Alors sa gourmandise se muait en arabesques sur chaque endroit qu'elle n'avait pas encore visité. Sa langue alla jouer entre mes fesses, là, quand elle m'eut mordu... Elle m'enfonça son majeur dans le cul comme on prend possession du dernier endroit interdit. Comme si plus rien ne lui était dérobé. J'étais à elle et cela lui plaisait.

Je n'ai jamais su comment bandaient les Turcs mais je bandais comme un Turc. Elle me fit assoir sur le bord du lit, jambes écartées, bras en arrière qui me tenaient assis. Elle vint s'empaler à reculons. Son sexe trempé n'eut aucun mal à m'avaler tout cru. Ses fesses cognaient mon bassin au rythme des mouvements qu'elle préférait, debout, là, devant moi, sans que je puisse la toucher.

J'étais une sorte de sex-toy doté de la vue, de l'ouie et de tous les sens nécessaires mais sex-toy quand même.

Au moment de jouir, elle s'affala en arrière, collée à moi.

C'est en tout cas la dernière vision que j'eus en fermant les yeux devant ce grand miroir face au lit de cet hôtel. Fermant les yeux et lâchant enfin mon sexe aux veines prêtes à exploser.

lundi 23 septembre 2013

Le manège à rêves brûlants

Dans la froideur de la nuit, ses mots dansent sur les murs comme les images du manège qu'enfant, je regardai pour m'endormir.

Sous mon drap noir, mon corps brûle d'envie.

Sa peau. Ses formes. Son odeur. Son goût. La regarder s'endormir. Me réveiller dans le silence de la nuit. Me coller à son dos. La réveiller de ce sexe qui durcirait contre ses fesses. La pénétrer doucement, encore étourdie dans les bras de Morphée. Le nez dans ses cheveux, dans son cou, le bras gauche autour de son corps, entendre sa surprise, son soupir, son envie de jouir. Tiédeur. Lenteur. Baisers. Baiser. Sans bouger.

Se rendormir et la voir sourire. La voir gourmande, encore, de cette simple envie. Sentir sa main, sous le drap, chercher encore mon sexe. S'en saisir. Le flatter. Le rendre encore à l'envie. La voir, réveillée maintenant, me repousser sur le dos, venir s'empaler. S'arracher à la chaleur de nos corps. Offrir à mes yeux, à mes mains, ses seins, ses bras, son ventre. La laisser rythmer ce mouvement. La deviner fermer les yeux pour se remplir de cette envie. La voir se cabrer. Râler aussi. S'affaler sur moi. Sentir son poids libéré de cette envie légère. Basculer avec elle sur le côté. Souriante. Pour un moment, repue. L'entendre dire: "Réveille-moi quand tu veux" et se retourner en m'invitant à me coller à son dos.

Se réveiller avec ces deux coussins dans les bras. Le sexe dur. Comprendre, qu'une fois encore, le désir a habité ma nuit. A habité mon vis. Sourire de son pouvoir sur mes nuits. Sur mes jours aussi. Quand chaque instant, chaque lieu, chaque souffle du vent seraient théâtres de nos envies libérées. Élaborer sans elle mille scénarios. Les oublier en jouissant. Les raviver ailleurs, une seconde plus tard. Rager de rater cela. Aimer ne pas rater cela.

Loin du quotidien qui déposerait son vernis d'usure.

dimanche 22 septembre 2013

L'eau de son bain

Il tombe des gouttes d'Agnes Obal. De la musique de la Danoise. Devant nous, là, il tombe des gouttes d'une pluie fine et froide qui ne pourrait pourtant pas glacer le sang qui bouillonne dans nos veines.

Elle a quitté l'abri du grand parapluie noir pour danser. Ses yeux brillent. Elle est heureuse. Une gamine. Elle libère ses cheveux comme elle libère ses envies: dans une furieuse envie de vivre chaque instant que la vie lui donne, comme si c'était le dernier. Éphémère. Elle est cet encens en spirale que je brûle sur mon bouddha. Elle se consume en donnant un parfum inoubliable à chaque chose.

Amusé de la regarder danser, là, sur ce trottoir mouillé, perchée sur ses petits talons noirs, protégée par son trench en tissu, j'ai ajouté ces quelques notes comme j'aurai remonté une boîte à musique. Et je ne lui renvoie que son sourire, craignant trop que la magie qu'elle a fait naître de ces petites gouttes perfides ne s'évapore au contact de sa chaleur.

Elle est belle.

Elle regarde Paris, offerte à ses yeux affamés.

Deux adolescents la reluquent des pieds à la tête, une nuée de touristes asiatiques se presse sous des cirés en plastique multicolores.

Sur la pointe des pieds, elle m'embrasse d'un baiser chaud mouillé. Elle sait que je pourrai trouver un porche sombre, un platane à l'écorce rugueuse marqué de tatouages d'amoureux ou un ascenseur au bouton stop comme une invitation à arrêter le temps.

Elle sait combien j'aime m'occuper d'elle. Et m'abandonne sa main, m'offre sa vie, son destin immédiat. Je l'entraîne doucement vers notre hôtel. Bientôt, sa tête dans la serviette que j'ai attrapée en allant lui faire couler un bain chaud, elle crie à la tentative de meurtre! En appelle à la police! Ne parvient plus à se faire entendre ma main sur sa bouche. Ronronne quand ma main trouve sa nuque. Je la dépose sur le lit, la déshabille doucement. Ne pas être ébloui par son corps qui irradie.

Mes mains sont froides, elle proteste. Je les réchauffe d'une huile dont les parfums précieux achèvent de l'entourer d'un voile d'envies doucereuses. Elle s'endormirait presque là, sur le ventre, si je n'enlevai pas les mains de son corps pour allumer trois bougies blanches avant de l'inviter à ce bain de mi-nuit. Docile, elle s'y glisse plus allumeuse que jamais.

La voix d'Obal s'est arrêtée de chanter. J'ai ouvert les yeux. L'eau de mon bain était froide. Comme la pluie d'un soir d'automne parisien...